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Cinq années dans l’opposition (2021-2026) : Le Mouvement Populaire, ou quand l’opposition passe de la réaction à l’élaboration d’un nouveau contrat social

Par Khadija El Gour (*)

Dans les démocraties ancrées, l’opposition ne se réduit pas à hausser le temps ou à accumuler les communiqués de dénonciation. Elle se mesure plutôt à sa capacité à constituer un contre-pouvoir responsable : contrôler sans entraver, critiquer sans dénigrer et proposer sans surenchérir. Une véritable opposition n’est pas une simple « ombre passive » du gouvernement, mais une institution constitutionnelle pleinement responsable, à laquelle la Constitution de 2011 a conféré une place prépondérante, faisant d’elle un partenaire dans la production de la décision publique par le biais du contrôle, de la législation et de l’évaluation. C’est dans cette perspective, et non sous l’angle du simple bruit politique, qu’il convient d’analyser l’expérience du Mouvement Populaire durant la législature 2021-2026.

Une législature exceptionnelle à tous égards

Cette législature n’a pas été une législature ordinaire durant laquelle les acteurs politiques auraient pu être jugés selon les critères d’une période ordinaire et paisible. Cette législature a coïncidé avec la sortie du monde de la crise de la pandémie « COVID-19 » et de ses profondes répercussions économiques, une vague d’inflation sans précédent qui a fortement affecté le pouvoir d’achat des familles marocaines et des années de sécheresse successives qui ont dévasté les zones rurales et reposé avec acuité la question de la sécurité alimentaire et hydrique. Par ailleurs, le pays a enregistré une accélération du chantier de généralisation de la protection sociale, le lancement de réformes structurelles dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’investissement, ainsi que le séisme dévastateur d’Al Haouz qui a mis à l’épreuve la résilience de l’Etat et de la société.

Sur la scène internationale, cette étape a été marquée par des bouleversements géopolitiques accélérés, accompagnés d’une dynamique diplomatique sans précédent dans le dossier du Sahara marocain, couronnée par des reconnaissances internationales significatives de la marocanité du Sahara et du sérieux de l’initiative d’autonomie. Dans ce contexte complexe, l’opposition était confrontée à une équation délicate : comment mener une critique politique rigoureuse sans fragiliser le front intérieur à un moment critique pour le pays ? C’est cette équation qui a constitué, au fond, le véritable test de la maturité du Mouvement Populaire.

Les constantes avant tout : une opposition qui ne fait pas de chantage à la patrie
Ce qui frappe d’emblée dans l’action du Mouvement Populaire, c’est la distinction nette, tant dans son discours que dans ses pratiques, entre le gouvernement et l’Etat, et entre les différends politiques conjoncturels et le consensus national stratégique. Son soutien à la diplomatie Royale est resté total et inconditionnel, et il n’a cessé de saluer et de valoriser les acquis capitalisés dans le dossier de l’intégrité territoriale, considérant la question du Sahara marocain non comme une carte de négociation interne ou un sujet de surenchère partisane, mais comme une ligne rouge qui transcende toutes autres considérations.
Cependant, ce soutien n’était pas muet. Le parti a maintes fois attiré l’attention sur la nécessité de faire face aux campagnes de désinformation et aux attaques systématiques contre l’image du Royaume et ses institutions, et a appelé à une véritable activation de la diplomatie parallèle – partisane, parlementaire et civile – étant un prolongement indispensable de la diplomatie officielle à l’ère des guerres narratives. C’est précisément ici qu’apparaît clairement que le patriotisme chez le Mouvement Populaire n’est pas un slogan rhétorique, mais une doctrine politique qui encadre sa position avant même qu’elle ne soit formulée.

La question sociale : la voix des marginalisés et de la classe moyenne
Sur le front social, le Mouvement Populaire a fait de la défense du pouvoir d’achat, de la protection de la classe moyenne, de la réhabilitation du monde rural et de la réduction des disparités territoriales l’épine dorsale de ses positions parlementaires. Ce choix n’était pas un luxe tactique, mais bien le prolongement naturel de l’identité d’un parti né au cœur du Maroc rural, resté fidèle au Maroc des zones rurales, montagneuses et oubliées, où les politiques publiques se mesurent non pas à l’aune de données macroéconomiques, mais à l’accès à l’eau, aux routes, aux dispensaires et aux écoles.

La spécificité de cette approche s’est manifestée dans l’interaction du parti avec les grandes crises sociales. Lors de la crise des étudiants en médecine, qui a failli compromettre l’avenir de toute une génération de cadres de la santé, le parti a rejeté la logique de l’escalade et du déni, appelant plutôt à faire prévaloir le dialogue et la recherche de solutions de compromis afin de préserver la continuité des réformes et de rétablir la confiance entre le gouvernement et les professionnels de la santé. Cette position découlait d’une conviction simple mais profonde : aucune réforme ne peut réussir sans l’accord des acteurs directement concernés, et aucune école ni aucun hôpital ne peut se construire sur les ruines de la confiance.

La loi sur la grève : un moment reflétant la décision indépendante
La position adoptée à l’égard du projet de loi organique relatif à l’exercice du droit de grève demeure peut-être l’exemple le plus révélateur de l’indépendance de la décision politique du Mouvement Populaire. Alors que d’autres composantes de l’opposition avaient opté pour un rejet catégorique de ce projet de loi organique, le parti a emprunté une troisième voie, plus audacieuse et moins populiste : plaider pour l’adoption de ce projet de loi organique, considéré comme le parachèvement d’une disposition constitutionnelle restée en suspens pendant plus d’une décennie, tout en restant attaché en même temps à prôner la préservation des droits constitutionnels des travailleurs et la garantie d’un équilibre délicat entre le droit de grève et la continuité des services publics – une position clairement exprimée et sans équivoque par le Secrétaire général du parti, M. Mohamed Ouzzine.
Ce choix incarne une philosophie complète en matière d’exercice de l’opposition : le rejet n’est pas une fin en soi, et le refus n’est pas un signe de force. Les positions sont plutôt évaluées à l’aune de leur contribution à servir l’intérêt public et à renforcer l’édifice institutionnel. Il s’agit d’une opposition qui préfère avoir raison seule plutôt que d’avoir tort avec tous.

Contrôle parlementaire : Le Parlement est une institution de reddition des comptes, non une chambre d’enregistrement.
Sur le plan de l’activité parlementaire, le Groupe Haraki a été fortement présent dans les différents mécanismes de contrôle et de législation. Il a déposé plus de 143 propositions de lois, soit le nombre le plus élevé de propositions de lois lors de la législature 2021-2026, en plus de centaines de questions orales et écrites traitant des préoccupations quotidiennes des citoyens, sans omettre les demandes de création de commissions d’enquête et de missions d’investigation ad hoc sur des dossiers ayant suscité un large débat public. Ces initiatives n’étaient pas de simples démonstrations procédurales, mais la traduction d’une vision politique claire : le Parlement n’est pas une simple machine législative approuvant des textes, mais une institution constitutionnelle dont l’essence réside dans la corrélation de la responsabilité à l’obligation de reddition des comptes, car sans cette corrélation, la démocratie représentative perd son sens et les élections deviennent une simple formalité.

Dans le même contexte, le parti est resté vigilant quant à la méthodologie de gestion des grandes réformes, critiquant à plusieurs reprises ce qu’il considérait comme un recours à la « logique du fait accompli » et l’adoption de textes législatifs structurels sans que soient réunies les conditions nécessaires pour le débat et le consensus. A ses yeux, la qualité de la législation est indissociable de la qualité du processus qui l’a engendrée, et le respect du dialogue institutionnel ne constitue pas un frein à la réforme, mais bien une garantie de sa pérennité.
De l’opposition qui observe à l’« Alternative harakie »

Cependant, la transformation la plus profonde dans la trajectoire du Mouvement Populaire durant cette législature réside dans sa transition progressive d’une opposition qui observe et critique à une opposition qui propose et construit. Cette évolution a été couronnée par la présentation de l’« Alternative harakie », une vision politique globale qui reflète la vision du parti d’un Maroc plus juste et plus équitable, repose sur le renforcement du pouvoir d’achat, la protection de la classe moyenne, la réforme du système de santé, la promotion de l’emploi, la réalisation de l’équité territoriale, le développement des zones rurales et la consécration de la langue amazighe comme étant une composante authentique de l’identité nationale unifiée, et non sur une revendication sectaire ou une carte électoraliste.

A travers cette « Alternative harakie », le parti a apporté une réponse concrète à la question adressée habituellement à toute opposition : « Quelle est l’alternative ? ». Une opposition dotée d’une vision claire n’attend pas d’accéder au pouvoir pour agir ; elle œuvre plutôt, depuis sa position actuelle, à l’élaboration d’un programme politique qui sera soumis au scrutin.

A la veille des élections de 2026 : La question de la confiance
En résumé, le bilan du Mouvement Populaire durant ses cinq années au sein de l’opposition ne saurait se réduire à des communiqués épars ou à des interventions conjoncturelles. Il révèle plutôt une trajectoire politique qui s’est efforcée de réaliser un juste équilibre entre la défense inconditionnelle des constantes et des intérêts supérieurs de la nation, le contrôle rigoureux de l’action gouvernementale, la défense des questions sociales et de la justice territoriale, et l’élaboration d’alternatives réformistes lorsque l’intérêt national l’exige. Il s’agit essentiellement d’une opposition de conviction et de projet, face à une opposition purement opportuniste et de slogans.

A l’approche des élections législatives de 2026, la question cruciale demeure : le Mouvement Populaire parviendra-t-il à transformer cinq années d’opposition responsable en un nouveau pacte de confiance avec les Marocains ? La réponse ne dépendra ni de la seule force de la rhétorique, ni même de la pertinence des positions accumulées. Elle dépendra plutôt de l’appréciation, par les citoyens, de la capacité du parti à traduire son projet en un horizon réformiste tangible, répondant à leurs attentes en matière d’emploi, de santé, d’éducation et de dignité. En définitive, la politique ne se résume pas aux discours des acteurs, mais à ce que les citoyens ressentent au quotidien.

* Présidente de l’Organisation des Femmes Harakies

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