MP/ Saliha Boujraf
La Présidente du Groupe Haraki à la Chambre des Représentants, Mme Rim Chabat, a soumis le programme gouvernemental à l’épreuve de la crédibilité, estimant que ce qui a été présenté par la Cheffe du gouvernement ne saurait constituer un programme complet répondant aux attentes des Marocains, mais s’apparente davantage à une déclaration d’intentions, agrémentée d’un discours politique classique où les promesses occupent le devant de la scène, alors que les résultats ont été relégués à l’arrière-plan.
Selon les critiques formulées par Mme Chabat, le gouvernement semble certes maîtriser l’art d’évoquer l’avenir, mais il lui reste encore à convaincre les Marocains que cet avenir ne sera pas indéfiniment reporté.
En se référant à l’article 88 de la Constitution, Mme Chabat a soulevé, lors de la séance plénière tenue le jeudi 22 octobre 2026 et consacrée à la discussion du programme gouvernemental, la question fondamentale à laquelle tout programme gouvernemental respectueux de l’intelligence des citoyens devrait répondre : où sont les engagements précis, les mesures concrètes et les échéances définies qui permettraient aux Marocains de savoir ce que le gouvernement compte faire, quand il le fera, et comment il rendra compte de la mise en œuvre de ces actions ?Elle a souligné qu’au lieu de lui apporter des réponses claires aux défis économiques, sociaux, environnementaux, culturels et internationaux, le citoyen s’est retrouvé face à un lexique politique bien connu, ponctué de formules telles que « nous nous efforcerons de », « nous œuvrerons à », « nous allons fournir » ou « nous allouerons », comme si l’on demandait au citoyen d’apprendre la conjugaison des verbes au futur, alors même que ses problèmes quotidiens demeurent fortement d’actualité, dans un temps qui, lui, n’attend personne.
Sur un ton sarcastique, la Présidente du Groupe Haraki a résumé sa position à l’égard du programme gouvernemental en affirmant « nous vous félicitons pour votre réussite éclatante dans l’art de diagnostiquer et de déclarer des intentions, dans l’attente de la traduction de ces bonnes intentions sur le terrain » ; une formule qui résume le paradoxe de la politique lorsque les promesses deviennent des réalisations et lorsque les déclarations d’intention se substituent à la présentation du bilan. Or, le citoyen ne peut régler ses factures avec des formules du type « nous allons œuvrer à… », et il ne saurait être rassuré quant à son avenir par de simples déclarations gouvernementales promettant de « consacrer », de « fournir » ou de « s’efforcer de » faire quelque chose. La seule question qui demeure en suspens est : qu’est-ce qui a été réellement accompli ?
Par ailleurs, Mme Chabat a soumis le slogan de cette nouvelle étape, à savoir « Changement de cap », à l’épreuve de la réalité, évoquant la présence continue, au sein de l’actuelle équipe gouvernementale, de plusieurs partis et ministres ayant déjà siégé dans le précédent gouvernement, s’interrogeant ainsi sur la portée réelle du changement annoncé : suffit-il de changer de slogan pour convaincre que les politiques ont changé ? Un voyage devient-il nouveau simplement parce que l’affiche sur le bus a été modifiée, alors que certains passagers et chauffeurs occupent toujours leur place ?, faisant allusion au fait que le gouvernement a conservé 40 % de ses anciens ministres. Elle a souligné, à cet égard, que le changement des noms et des slogans ne constitue en rien une preuve d’un changement de la performance. De même, le renouvellement du discours ne dispense nullement les responsables de présenter un bilan tangible, seul à même de justifier leur maintien à des postes de responsabilité.
La Présidente du Groupe Haraki a ensuite abordé la réalité de la gestion de la chose publique, affirmant que la rhétorique politique ne suffit pas à fournir de l’eau, et que les slogans ne peuvent ni réparer les routes ni garantir des services de transport répondant aux attentes des citoyens, évoquant, à cet égard à titre d’exemple, les coupures récurrentes d’eau potable à Fès.
Mme Chabat a également soulevé les dossiers relatifs aux secteurs de l’équipement, des autoroutes et des transports ferroviaire, routier et aérien qui étaient placés sous la tutelle des mêmes ministres, tout en critiquant le bilan du ministre Nizar Baraka auquel a été confié en plus le secteur des forêts. Elle a noté, à cet égard, que s’agissant de ces dossiers, la question des résultats est bien plus pressante que celle des intentions.Dans ce sens, la Présidente du Groupe Haraki a souligné que les citoyens n’évaluent pas la performance du gouvernement au nombre de projets annoncés, mais à l’impact concret de ces projets sur leur vie quotidienne, ajoutant « à quoi bon parler de réforme si les mêmes dysfonctionnements ressurgissent sans cesse ? Quelle valeur accorder aux plans d’action si les citoyens continuent de faire face aux mêmes problèmes ? Doit-on attendre du citoyen qu’il applaudisse chaque nouvelle annonce, pour ensuite guetter une déclaration ultérieure expliquant pourquoi la précédente ne s’est jamais concrétisée ? ».
Concernant le secteur de la santé, Mme Chabat a critiqué le choix d’un ministre issu du secteur privé, exprimant ses craintes d’une orientation susceptible de renforcer la privatisation des services de santé et mettant l’accent sur la nécessité de renforcer le secteur hospitalier public et de garantir le droit des citoyens aux soin de santé, précisant que ce débat transcende la simple question de la personne en charge du secteur pour porter sur la nature des choix que le gouvernement adoptera pour assurer un accès équitable aux soins de santé, préserver le service public et améliorer la qualité des services. Elle a noté, à cet égard, que la réforme du secteur de la santé ne saurait se résumer à un changement de responsables ou à des déclarations d’intention, mais se mesure à la capacité du citoyen à accéder aux soins de santé dans des conditions qui préservent sa dignité, sans que la maladie ne devienne une épreuve supplémentaire pour son pouvoir d’achat.
S’agissant de la question des conflits d’intérêts, la Présidente du Groupe Haraki a considéré que la lutte contre ce phénomène ne saurait demeurer un simple slogan séduisant au sein du programme gouvernemental, alors que persistent des interrogations politiques liées aux marchés publics, aux subventions publiques et à l’imbrication des intérêts. Elle a souligné, à cet égard, que la transparence ne saurait être sélective et que l’obligation de rendre des comptes ne doit pas se limiter au stade des slogans.
Dans le même ordre d’idées et s’adressant à la Cheffe du gouvernement, Mme Chabat a affirmé « commençons par balayer devant notre propre porte, avant de regarder ailleurs », faisant allusion au fait que la crédibilité ne se bâtit ni en distribuant des conseils, ni en s’érigeant en donneur de leçons, mais bien par la capacité à soumettre ses propres pratiques aux exigences de transparence et de reddition de comptes. Elle a, par ailleurs, mis en garde contre le risque de voir ressurgir des archives l’affaire du « sac de Tanger », ce qui transformerait la fête des slogans en un véritable procès politique.
Dans le même contexte, la Présidente du Groupe Haraki a resoulevé des dossiers ayant déjà marqué le débat politique et médiatique, dont celui connu médiatiquement sous le nom de « Sac de Tanger », rappelant que la mémoire politique des Marocains ne s’efface pas simplement en passant à un autre sujet.
Mme Chabat a également critiqué la manière dont la Cheffe du gouvernement a géré le limogeage de la ministre Madiha Khayr, estimant que la gestion de telles décisions exige de tenir compte des considérations institutionnelles et humaines.
En soulevant les questions liées à l’eau, à la santé, aux transports, aux hydrocarbures, à la régionalisation, à la langue amazighe et aux conflits d’intérêts et les dossiers qui sont toujours présents dans la mémoire collective, le message de la Présidente du Groupe Haraki était clair : l’opposition n’est tenue ni de signer un chèque en blanc au gouvernement, ni de transformer le Parlement en une simple tribune d’applaudissements des promesses. Son rôle consiste plutôt à contrôler l’action gouvernementale, à proposer des alternatives et à contribuer au travail législatif, faisant ainsi de la reddition de comptes une composante intrinsèque de l’action institutionnelle, et non une simple polémique passagère entre la majorité et l’opposition.
