MP/Zineb Abouabdalh
M. Mohamed Ouzzine, membre du Groupe Haraki à la Chambre des Représentants, a adressé une question écrite au ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, M. Mehdi Bensaïd, au sujet de la dilapidation de fonds publics via le soutien accordé à des promoteurs de contenus futiles dans les médias et les productions cinématographiques et de l’absence de gouvernance et de reddition des comptes.
Dans sa question écrite, M. Ouzzine a affirmé « dans le sillage du débat récemment soulevé à la Chambre des Représentants concernant la situation des entreprises médiatiques et le soutien public qui est accordé à certaines d’entre elles, le Chef du gouvernement a malheureusement choisi d’éluder le sujet et de se soustraire à la responsabilité légale et politique du gouvernement s’agissant d’éclairer l’opinion publique sur le système de soutien, ses règles et ses modalités de gestion, que ce soit dans le secteur de la presse ou dans le domaine de la production cinématographique ».
A cet égard, M. Ouzzine a souligné que ce soutien, qui aurait dû être un outil pour promouvoir la créativité et la qualité, servir l’intérêt public et préserver la noblesse de la mission des médias, s’est transformé en un moyen de dilapidation des fonds publics, d’encouragement de la médiocrité, de consécration de la futilité et galvaudage de la réputation des citoyens et des valeurs authentiques de la société marocaine.
Dans ce sens, M. Ouzzine a affirmé qu’« au lieu d’orienter le soutien public vers des entreprises de presse professionnelle produisant un contenu sérieux et responsable, respectueux de la déontologie et des droits des journalistes, nous constatons aujourd’hui que des plateformes et des entreprises, réputées par la promotion de la futilité, du sensationnalisme de bas étage et d’un contenu vide de sens, sans aucun lien avec la mission des médias, l’information ou la construction d’une conscience sociétale saine et éclairée, profitent pourtant de l’argent des contribuables sans aucun contrôle ni obligation de reddition des comptes. Cette même situation préoccupante prévaut dans le domaine du soutien public destiné à la production cinématographique, où des œuvres dépourvues de valeur artistique et culturelle, offensantes pour le public et n’ayant aucun rayonnement culturel ni aucun impact sociétal bénéficient de ce soutien, alors qu’en sont exclus de véritables talents créatifs, en l’absence totale d’une évaluation objective de l’impact et de la pertinence de soutien, et en l’absence de toute corrélation de ce soutien avec les nobles objectifs pour lesquels il a été institué ».
M. Ouzzine a poursuivi « face à cette situation regrettable et préoccupante, et compte tenu du silence suspect du gouvernement et des institutions concernées, de sérieuses questions sont soulevées concernant les critères de sélection adoptés, l’indépendance des commissions de soutien, le caractère sérieux du contrôle a posteriori des fonds publics décaissé et la mesure dans laquelle le principe de corrélation de la responsabilité à la reddition des comptes, tel que stipulé dans la Constitution, est respecté. Cette situation permet à des comportements versant dans la rente et la corruption et à que l’on appelle communément le « népotisme » (Tfarkich), de faire intrusion dans le secteur de la presse, des médias et de la production cinématographique, censés être plutôt des bastions pour la préservation des valeurs, la formation de l’opinion publique et la défense des droits de la société ; comportements perpétrés par certaines ‘‘tribunes’’ qui prétendent faire partie intégrante de ce secteur sans en avoir le mérite ni la compétence ».
Par conséquent, et considérant le droit constitutionnel et légal d’accès à l’information, le député parlementaire et vice-président de la Chambre des Représentants a demandé au ministre Bensaïd de publier les listes des entreprises médiatiques bénéficiant du soutien public, ainsi que des montants du soutien alloué à chacune d’elles.
Par ailleurs, M. Ouzzine a interpellé le ministre de tutelle sur les raisons justifiant l’octroi du soutien public à des médias et à des plateformes numériques, réputés pour le colportage de la futilité et de la vulgarité, en violation flagrante des objectifs de ce soutien, du droit du citoyen à bénéficier de médias de qualité et des fondements juridiques encadrant cette noble profession.
M. Ouzzine a également interpellé le responsable gouvernemental au sujet les critères et les règles adoptés par le ministère de tutelle pour s’assurer que ce soutien public ne se transforme pas en récompense de la médiocrité et du sensationnalisme de bas étage.
D’autre part, M. Ouzzine s’est interrogé « ne considérez-vous pas que l’allocation d’un soutien issu de fonds publics et de l’argent des contribuables à certains sites web et plateformes futiles revient à les engraisser, ce qui contrevient à la noble mission des médias, d’autant plus que le critère commercial et le chiffre d’affaires constituent désormais des déterminants essentiels de l’adhésion au Conseil national de la presse dans votre projet de loi ? ».
Dans ce cadre, M. Ouzzine s’est étonné « depuis quand jauge-t-on la noblesse de la mission à l’aune de la richesse plutôt qu’à celle de l’influence, de la diffusion et de l’audience ? ».
Par ailleurs, M. Ouzzine a interpellé le ministre de tutelle sur la poursuite de l’octroi du soutien public à des productions cinématographiques au contenu et à la valeur médiocres, en dépit du fait qu’elles n’ont aucun impact culturel ou rayonnement populaire justifiant un tel soutien, s’interrogeant sur les résultats du contrôle, de l’évaluation et de la reddition de comptes portant sur les modalités d’allocation du soutien public aux secteurs de la presse et du cinéma.
Dans ce contexte, M. Ouzzine s’est interrogé si le gouvernement avait une véritable volonté politique de restructurer le système de soutien public et de le corréler de manière rigoureuse à la qualité, à la valeur artistique et intellectuelle et au respect du public, au lieu de continuer à dilapider les fonds publics.
